séjour français IV
mercredi, 11 juillet 2007
jour 4
La journée se termine et malgré la fraîcheur, il fait beau ; le soleil se reflète sous les eaux calmes du canal de La Manche que nous apercevons à notre gauche, tandis que nous serpentons la route qui traverse les collines qui séparent Trouville d’Honfleur. A chaque virage la paysage se transforme : un manoir, la mer, une petite maison normande, un champ jaune, une église, une forêt. Au bout de quelques minutes, nous arrivons dans la petite commune où le frère de F. a construit sa maison. A notre arrivée, il est tout seul, les enfants sont chez leurs grand parents maternels et sa femme rend visite, avec la petite dernière, à une tante qui est malade á l’hôpital. Il est en train de terminer de préparer une terrine pour un dîner qui lui a été commandé pour le week-end prochain.
Même s’il est supposé être en vacances, F. a travaillé toute la journée ; il a dû réviser vingt documents qu’on lui avait envoyés juste avant notre départ pour qu’il fasse des commentaires. C’est comme si les circonstances s’étaient alliées contre nous pour nous empêcher de nous ancrer dans le présent et d’y vivre. Pendant ce temps-là, j’en ai profité pour écrire ces quelques lignes. En fin d’après-midi, nous avons sauvegardé nos documents respectifs dans une clé usb avec l’idée de les envoyer et de les mettre en ligne chez le frère de F. car dans l’appartement de la mère il n’y a ni téléphone, ni connexion à internet.
La belle sœur et la mère de F. arrivent et on s’apprête à prendre l’apéro. Juste avant que l’on ouvre la bouteille de champagne, je me décide à aller regarder mes e-mails. Il n’y a que deux messages importants. Celui de C., un contact de GA avec qui je corresponds par mail, où il me confirme qu’il ne pourra pas monter sur Paris samedi prochain ; on ne pourra pas donc faire connaissance. L’autre message a été envoyé par « el enano » (le nain), un ami de là-bas, que nous appelons ainsi par affection et parce qu’il mesure une dizaine de centimètres de moins que nous. Il y a tellement d’affection dans son message que j’oublie un instant la déception ressentie lorsque je n’ai pas vu la réponse que j’attendais.
Non, G. n’a pas écrit. Il ne m’a pas dit s’il a reçu les informations que je lui ai envoyées sur l’histoire du cinéma, si cela lui a servi pour rédiger le document qu’il devait rendre lundi dernier. Il ne m’a pas dit non plus s’il va pouvoir acheter les cassettes pour tourner ces témoignages de jeunes homos qui feront partie du petit film que nous envisageons de réaliser là-bas, dans ce pays où l’homosexualité est pénalisée. Aucune nouvelle. Rien. Et cela me préoccupe, je crains que les choses n’avancent pas. Je me dis que j’aurais dû peut-être rester là-bas et travailler avec lui, avec eux.
Mais maintenant, il faut que je sois ici, que je revienne en France. Je me lève et cède la place à F. qui doit regarder ses mails et envoyer les documents corrigés. Mes textes, je les mettrai en ligne plus tard, si j’ai le temps, si j’ose, car j’ai un peu honte de squatter ainsi l’ordinateur du frère de F. Pour le moment, je mets la table. Une fois la table mise et le champagne servi, F. nous rejoint et la conversation repart, sur tout et sur rien, sur le travail, sur l’avenir.
Après dîner, je sors fumer sur la terrasse à moitié construite. Le frère de F. vient s’asseoir à côté de moi et me demande une cigarette. Pendant que nous fumons, lui qui d’habitude n’est pas trop bavard avec moi, me parle de lui, de leur vie. Il me dit qu’il n’aime pas ce rôle de père de famille qui doit amener l’argent à la maison, que cela le fatigue d’être lui le responsable des finances de la maison. Il me dit qu’il sait que sa femme ne pourrait pas s’occuper de l’argent et qu’il ne lui en veut pas. Il me dit que c’est sa façon d’être après tout, qu’elle est comme ça. Je lui réponds que dans notre cas, c’est pareil, qu’on fait chacun ce que l’on peut et sait faire de mieux, que c’est ainsi qu’il faut trouver l’équilibre. La conversation ne va pas plus loin ; on termine nos cigarettes et on rentre dans la maison.
Avant de partir, j’ose finalement me rasseoir devant l’ordinateur. Dans l’espoir de trouver ces nouvelles qui ne étaient pas arrivées, je regarde mon courrier, mais il n’y a rien de nouveau. Puis, je me connecte sur GA et mets en ligne le texte de notre première journée en France. Je ne réponds pas aux messages ; je ne voudrais pas m’attarder. Je me déconnecte. Quelques minutes après, nous prenons la route en direction de Bennerville. La soirée se termine.