séjour français I
dimanche, 8 juillet 2007
Jour 1
C’est quand même beau cet été septentrional, malgré cette pluie fine et ces 15 degrés qui font penser plutôt à l’automne. Lorsque le ciel se dégage, les arbres, les pâturages et les cultures sont baignés par cette belle lumière jaune de fin d’après-midi. Ces rayons de soleil n’y font rien ; il continue à faire frais. Mais, moi, j’ai chaud ; après presque 24 heures ma peau a su garder la chaleur des tropiques, la chaleur de cette ville qui, contre toute attente, est devenue mon chez moi. Non, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore en France, je suis resté là-bas, et j’attends toujours un appel, un sms, un petit message par msn. Ces derniers jours avant notre départ sont devenus des images gravées quelque part dans ma tête qui me poursuivent sans répit. Un geste, un sourire, une caresse, un regard, une larme, un baiser. De très fortes présences qui maintenant sont des absences ; un manque, un vide.
Oui, je suis ailleurs ; là-bas, peut-être, dans ce nouveau chez moi. Sensation étrange tout de même : Lorsque nous arrivions à Evreux, ce matin, au milieu de cette interminable queue de voitures qui se dirigeaient vers la base militaire où un meeting aérien aurait lieu, je me suis dit, je lui ai dit que je me sentais arriver chez moi. Je ne lui ai pas dit « chez toi », je lui ai dit « chez moi ». Au fil de ces dernières années, son pays est devenu le mien ; sa famille, la mienne. Et néanmoins, j’étais ailleurs. Là-bas, oui, dans cet autre chez moi, mon vrai, notre vrai chez nous, si provisoire soit il, car on le sait, dans un an, nous serons sans doute partis. Il nous faudra alors, nous chercher, nous construire, un autre chez nous. Toujours en partance, toujours ici et ailleurs. Dans un an ce sera Paris ou Dakar ou Bangkok. Qui sait ? Maintenant, on vit le présent. Mais ici, la France, pour moi c’est le passé. Mon présent est bien là-bas, ma vie, je la vis là-bas, parmi ceux que j’ai quittés. Ils sont tous en moi. Il est en moi, tatoué quelque part sur ma peau. Même s’il s’agit d’un tatouage qui s’effacera peut-être un jour.
Cela fait plus de 24 heures que nous sommes débout. Lui, il n’a pas dormi dans l’avion, m’a-t-il dit ; moi, je n’ai dormi que quelques minutes juste après dîner. Nous sommes fatigués et attendons qu’il soit 23 heures (15 heures, là-bas) pour aller nous coucher. Cette longue journée qui a commencé samedi à 6 heures (14 heures, ici) va bientôt se terminer. Il faut qu’elle se termine. Elle a été forte en émotions. Et douloureuse. Non pas parce qu’avoir quitté notre chez nous ait été difficile, mais qu’à notre arrivée nous attendaient de mauvaises nouvelles. Nous savions que le compagnon de ma belle-mère était sous traitement contre un cancer des os, mais ce que nous ne savions pas c’est que son état c’était autant dégradé.
Lorsque nous sommes arrivés, nous l’avons vu depuis le portail, juste avant d’entrer dans la propriété. Il était sorti jeter la poubelle. Il marchait avec difficulté s’arrêtant à chaque petit pas pour pendre du souffle. Quand il a aperçu la voiture, il s’est arrêté et a regardé vers nous sans nous reconnaître. Il était maigre, pâle, presque transparent, comme s’il s’apprêtait à disparaître. Plus tard, nous avons appris qu’il supportait mal le traitement, que malgré la morphine, la douleur était devenue insupportable. Il sait maintenant qu’il n’y aura pas de guérison, que c’est bientôt la fin.
Ce n’est pas facile d’être confronté à la douleur et encore moins à l’imminence de la mort. On pense à celui qui partira et aussi à ceux qui resteront. On ne peut pas s’empêcher non plus de penser à soi. Quand cela nous arrivera-t-il ? Comment ? Qui partira le premier ? Pourrons-nous surmonter ce départ définitif de l’autre ? Pourrai-je le surmonter, moi ? Le pourra-t-il ? Nous ne l’avons pas dit dans une église, devant un prêtre, mais nous nous sommes dits que notre histoire existerait jusqu’à ce que la mort nous sépare. Et cette nuit, sans aucun mot, d’un regard, nous nous le redisons encore, en espérant que la vie ne changera pas nos plans.
12/07/07 - 08:42
Que tu écris bien! Et que ce que tu écris est toujours toujours, fort - "spirituel", au sens prpre, est le mot qui convient, je pense.
griffin