Se dévoiler...
COMO MI FANTASMA
COMME MON OMBRE
A l’époque où les premières images de ce film ont été tournées, je n’assumais pas complètement ce désir qui les hante. C’est peut-être pour cette raison qu’elles ont dû attendre plusieurs années avant que je ne me décide à en faire quelque chose. Je ne sais pas combien d’années se sont écoulées, je ne m’en souviens pas. Cinq, six, peut-être.
Il m’a fallu connaître l’amour, le vivre, pour que je puisse, enfin, développer une idée qui n’avait pas su mûrir. Ce n’est qu’en 2002, après presque quatre ans du début de mon histoire d’amour, que je me suis rendu chez moi, dans mon pays, pour donner forme à cette déclaration d’amour qui avait tant attendu pour être proclamée.
Luis Cernuda, je l’avais connu dans mes années de fac, mais j’avais été aveugle à la façon dont il exprime ce désir impossible. C’était sans doute la peur de me reconnaître dans ce désir. Quelques années plus tard, je l’ai redécouvert, et j’ai fait mien l’un de ses poèmes. Il résumait assez bien ce désir que je n’osais pas accepter et encore moins assumer. Et c’est pour cette raison que j’ai décidé de m’approprier de
Mi arcángel, ce poème, pour l’intégrer dans mon court.
Cette déclaration d’amour est donc l’avant et l’après, le présent aussi, et surtout la vie, ma vie…
Une fois le film monté, là-bas, chez moi, je suis rentré en France. J’ai encore attendu quelque temps, avant de le montrer. Lorsque j’ai regardé une fois sur
Pink TV l’émission
Paradise, je me suis dit que peut-être mon petit court pouvait les intéresser. Je les ai donc contactés sans trop y croire. Ils m’ont répondu en me demandant de leur envoyer une copie, ce que j’ai fait tout de suite. Quelques jours plus tard, je recevais un contrat à signer.
Après trois ans, je me décide donc à montrer ce petit film par un autre moyen : celui-ci. Et je le fais car je voulais le partager avec des gens qui me sont chers. Le voici donc, et voici le poème :
XIII
MI ARCÁNGEL
No solicito ya ese favor celeste, tu presencia;
como incesante filo contra el pecho,
como el recuerdo, como el llanto,
como la vida misma vas conmigo.
Tú fluyes en mis venas, respiras en mis labios,
te siento en mi dolor;
bien vivo estás en mí, vives en mi amor mismo,
aunque a veces
pesa la luz, la soledad.
Vuelto en el lecho, como un niño sin nadie frente al muro,
contra mi cuerpo creo,
radiante enigma, el tuyo;
no ríes así ni hieres,
no marchas ni te dejas, pero estás conmigo.
Estás conmigo como están mis ojos en el mundo,
dueños de todo por cualquier instante,
mas igual que ellos, al hacer la sombra, luego vuelvo,
mendigo a quien despojan de su misma pobreza,
al yerto infierno de donde he surgido.
Luis Cernuda
Donde habite el olvido
(1932-1933)
XIII
MON ARCHANGE
Au ciel j'ai cessé de demander la faveur de ta présence ;
comme une lame lancinante contre ma poitrine,
tel le souvenir, tel les pleurs,
tel la vie même, nos allons de pair.
Tu coule dans mes veines, respires à travers mes lèvres,
je te sens dans ma douleur ;
bien en vie tu est en moi, jusque dans mon amour,
même si parfois
la lumière, la solitude me pèsent.
Recroquevillé dans mon lit, face au mur tel un enfant abandonné,
contre mon corps le tien,
j'imagine énigme radiante ;
tu ne ris ainsi ni ne me blesses,
tu ne pars ni ne restes, tu es avec moi.
Tu es avec moi comme mes yeux sont dans le monde,
maîtres de tout à tout instant,
mais à leur instar, lorsqu'ils se ferment, je reviens,
tel un mendiant dépossédé de sa pauvreté,
à l'enfer engourdi d'où j'ai surgit.
Luis Cernuda
Où habitera l’oubli
(1932-1933)